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  • Photo du rédacteurLaura Tridoux

Fausse couche, vraie douleur

C’est après 9 ans d’amour et 1 an de mariage, qu’A. et S. prennent cette décision, ils sont prêts pour accueillir un enfant et agrandir leur famille. Quelques semaines après le début des essais, un test vient les combler de bonheur. Une aventure de “mini-parents”, terme qu’ils utilisent encore aujourd’hui, avant une interruption spontanée de la grossesse (ISG ou ING). C’est cette aventure que S. a accepté de nous livrer, au plus proche de leur vécu et de leurs émotions. C’est donc à la première personne que j’ai décidé d’écrire cet article, pour la retranscrire au mieux.


La décision et la découverte


Ça y est ! Nous nous sentions prêts à être parents. En bonne impatiente, un petit stress subsiste sur le temps qu’il faudra pour que je tombe enceinte. Au bout d’un mois après le début des essais, j’ai un retard de règles. Je fais mon premier test de grossesse. Il est négatif, je pleure.


Nous partons ensuite en vacances, un voyage de noces reporté d’un an. J’ai l’habitude d’avoir des cycles longs, mais celui-ci battait tous les records : 46 jours. À notre retour, j’ai un rendez-vous avec ma gynécologue pour un bilan de pré-conception. Le matin même, je décide de faire un test, sans y croire réellement. Pourtant, j’ai un petit mal de ventre depuis quelques jours, que je considère comme annonciateur de mes règles. Je fais un test : il est positif. Je tremble de tout mon corps, j’ai le temps de penser “je suis trop bête d’avoir pensé avoir des cycles longs” et “je suis trop contente”. Mon mari dort encore, mon émotion est intense et je la vis seule à ce moment-là.


Vient très vite la question “Comment lui annoncer ?”. C’est vendredi matin, je décide de descendre chercher des croissants et aller au laboratoire pour faire une prise de sang qui confirmerait cette nouvelle. “Est-ce que je dois acheter des petits chaussons comme sur Instagram ? Est-ce qu’il faut lui dire avant les fameux 3 mois ?”


J’enfile une chemise blanche puis je glisse le test dans un sac en coton, que je lui tends. Nous sommes très heureux et très vite, on se projette tout en étant conscients de la fragilité des débuts de grossesse . Puis, aussi étrange que cela puisse paraître à ce moment-là, le quotidien reprend, la réalité nous rattrape : il est l’heure d’aller au travail. Comment travailler avec la tête remplie d’une si merveilleuse nouvelle ?


Ce même jour, le rendez-vous gynécologique confirme ma grossesse. Dès le début, le stress se mêle à l’excitation. Il y a tellement de sujets sur lesquels nous pourrions stresser. Nous décidons tous les deux que le mot d’ordre de cette grossesse, c’est kiffer. C’est finalement, le début de la charge mentale de tous les parents. Alors, nous profitons de cette joie, nous nous projetons. Imaginer l’annonce à nos parents, acheter un livre de prénoms, voici ce que nous nous autorisons pour le moment.


Le début des angoisses


Quelques jours plus tard, ma gynécologue m’appelle : elle me conseille de me rendre aux urgences, elle suspecte une grossesse extra-utérine. “Grossesse extra-utérine”, ces mots résonnent en moi, en nous.


Je vais à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière aux urgences gynécologiques. Je n’ai qu’une seule envie : savoir vite. Avant de nous y rendre, je tape sur Google des mots clés pour me rassurer comme “taux beta HCG stress pour rien”, je consulte des dizaines de blogs et d'histoires positives. L’interne me rassure, et l’échographie par sonde vaginale le confirme, la grossesse n’est pas extra-utérine. Tout va bien, tout est normal. Je suis tellement heureuse et soulagée !


Première annonce, deuxième inquiétude


C’est le week-end ! Nous partons à Lille pour l’annoncer à mes parents. Dans la voiture, mon père évoque son départ à la retraite prévu début mai 2022. La date coïncide avec l’arrivée du bébé, nous échangeons un regard complice dans le silence de notre secret. C’est dans les photos de nos vacances que nous glissons une photo de l’échographie, mes parents sont heureux, nous aussi. Nous parlons de garder le secret avant les 3 mois, par risque de fausse couche.


Dans la nuit du samedi au dimanche, j’ai mal au ventre, très mal. J’ai peur pour le bébé mais aussi peur de m’inquiéter pour rien. Nous nous rendons aux urgences de Lille. J’ai envie de checker que tout va bien. Je suis reçue seule en salle d’examen. Je vois son petit cœur battre. Ce moment est magique, incroyable. L’interne me dit que l’utérus grandit, que mes douleurs doivent être ligamentaires et me prescrit un antidouleur. J’ai l’impression d’être “trop stressée, trop inquiète”. Deux fois aux urgences en si peu de temps, je culpabilise. Pourtant, à ce moment précis, nous sommes 1 jour et ½ avant la fausse couche.


Entre les deux échographies, je suis impressionnée par la manière dont l’embryon a évolué en si peu de temps. J’ai la sensation d’avoir fabriqué un mini-bébé avec mon inconscient et c’est magique. Je pars lundi pour un déplacement professionnel à Zurich, je redoute et j’ai hâte à la fois. J’ai besoin de prendre du recul, d’être avec des collègues, et pourtant je me pose des questions en permanence comme “est-ce que je peux porter ma valise ?”.


L’interne m’avait prévenu, il est possible que je perde du sang suite à l’échographie par sonde vaginale. “Marron, pas rouge”, sinon je devais me rendre à nouveau aux urgences. Je regarde en permanence s’il y a du sang et sa couleur. J’ai tellement la sensation que les douleurs de la veille ont été normalisées que ça me parait une montagne logistique de retourner aux urgences. Et aussi, j’ai un peu honte de venir une troisième fois…


Le déplacement professionnel


À Zurich, la première nuit, j’ai mal au ventre, plus que dans la nuit du samedi au dimanche, je prends des antidouleurs. Vers 1h30 du matin je vais aux toilettes, je vois beaucoup de sang. Je crois bien que j’ai compris. Je pars aux urgences, je suis en pleurs, c’est la nuit, je suis seule. J'essaye de joindre mon mari, il dort. Heureusement, j’arrive à joindre mes parents, qui étaient les seuls dans la confidence de ma grossesse.


Un taxi m’emmène aux urgences, j’arrive dans un endroit où tout le monde parle suisse-allemand. Une barrière de la langue qui renforce mon sentiment de solitude. A cet instant précis : je me sens seule au monde, je suis blanche, en pleurs et je me tords de douleur.


La partie administrative dure une plombe, je sanglote. Un aide-soignant vient me caresser le genou en parlant un peu en anglais pour me rassurer.


J’ai des contractions, une sensation nouvelle en plus des saignements qui ne s’arrêtent plus. J’attends 15 minutes car je ne suis pas dans le bon service, puis je suis mise sur un brancard pour traverser les sous-sols d’un hôpital lugubre, seule avec le brancardier dans un couloir sans lumière. Je suis inquiète pour ma propre sécurité, c’est un moment hyper traumatisant. Personne n’est là pour me rassurer, il n’y a aucun affect dans nos échanges.


Pendant 45 minutes, je subis une série d’examens. Pourtant venue avec mon dossier médical de grossesse sous les conseils de ma mère, je comprends plus tard que dans l’éventualité d’une hémorragie, ils veulent re-contrôler mon groupe sanguin, la présence ou non d’infections, etc.


L’annonce du médecin


Il est 3h30 du matin, le médecin m'ausculte et m’annonce en anglais la “miscarriage” : la fausse-couche. Le visuel à l’échographie est cataclysmique, je vois le mini embryon en bas de l’utérus, décroché. Alors que je pensais qu’il n’y avait pas de transition, pas de phase d’entre deux. Je pensais qu’une fausse couche se produisait directement, qu’on “perdait” le bébé instantanément. Je vois son mini cœur battre très lentement.


Je les supplie de rentrer chez moi, je veux aller aux urgences et être soignée en France. En allant à l’accueil, je croise une patiente qui me prend dans ses bras, et m’offre un collier en me disant que j’en aurais plus besoin qu’elle. Je veux rentrer dans ma chambre d’hôtel et prendre un train pour rentrer à Paris.


Je quitte l’hôtel à 6h pour rentrer à Paris et consulter un médecin français au plus vite. A ce moment-là, je commence à me demander si je vais le raconter, et à qui. J’avais lu des témoignages sur l’application WeMoms, j’aimais cette communauté de femmes à qui je pouvais tout dire, qui me rassurait. Comme j’y avais posté mes inquiétudes, je prends le temps de les tenir au courant de la perte de mon mini-bébé.


Dans le train, 1h plus tard, mon mari se réveille, trouve mes 10 appels manqués et 50 textos. Je crois qu’il est plus triste de la culpabilité de ne pas avoir été là que de la fausse couche à ce stade. J’ai énormément de peine pour lui. Il prévient ses parents. Ce qui était notre petit secret, prend des proportions très vite.


A. vient me chercher à la gare. Direction la Salpêtrière, pour faire des examens complémentaires. Pour une fois, nous sommes reçus tous les deux dans la salle. Ce moment est didactique, dépourvu d’émotion. L’interne en médecine nous demande si nous voulions le voir, je réponds oui. J’ai la sensation d’attendre une émotion de la part du médecin, que nous trouvons froide. Même si nous savons que c’est son métier, c’est difficile. Je nourrissais un petit espoir que ce deuxième rendez-vous nous annonce une bonne nouvelle.


Le retour à la maison


Une fausse-couche je pensais que c’était comme avoir ses règles. En réalité, c’est douloureux et long. Le médecin me prescrit un arrêt de travail de 15 jours. J’appréhende de ruminer pendant tout ce temps, il faut que je dorme, j'accumule de la fatigue en plus de la douleur et de la tristesse. Je ne sais même plus pourquoi je pleure.


La 1ère semaine : les changements corporels et les pleurs

J’avais tapé sur Google pour voir à quoi ressemblait une fausse couche, je n’aurais pas dû. Je tire la chasse en même temps que je vais aux toilettes pour ne pas voir. Il m’était possible de faire un curetage à l’hôpital, si l'embryon n'était pas sorti pas naturellement après le retour de mes prochaines règles.


Au début, je voulais absolument un curetage, je ne veux pas que notre ex-futur enfant, si précieux, finisse dans les toilettes. C’était compliqué d’imaginer ce scénario même si je sais qu’éviter une intervention médicale c’était aussi bien.


Quelques jours après, je le sais, je le sens, il est “parti”. Deux jours après ce sentiment, je n’ai plus de douleur. Je saigne 3 semaines en tout. Ça me parait long.


La 2ème semaine : les questionnements et les doutes

Pendant cette période, je vois de nombreux praticiens et ils ont tous un avis différent sur l’événement. C’est le temps des phrases maladroites : "ça arrive à tout le monde”, “c’est que ce n’était pas le bon moment” “la nature est bien faite” qui parfois peuvent contribuer à ne pas légitimer notre douleur. Je sais que c’est de la maladresse, et que j’aurais moi même pu dire ce genre de phrases. Puis il y a cette question à laquelle j’ai du mal à répondre : "Ça faisait combien de temps ?”. Comme s’il existait une temporalité à la douleur.


“Faire le deuil”


À la fois, je me sens très entourée par des spécialistes, nos familles et nos amis. Je me rends compte en parlant avec ma sophrologue que le deuil du projet bébé se fait naturellement, mais que le deuil des projets matériels et logistiques autour de cet enfant est plus difficile. Est-ce qu’on achète toujours une voiture ? Est-ce que je peux aller au ski sans skier pour me reposer encore mieux cet hiver ?


Vivre une grossesse c’est vivre à son rythme, pouvoir s’écouter. Et écouter ses besoins, c’est une sorte de libération. Je travaille alors à m’autoriser à m'écouter, même sans grossesse.


Vivre avec le deuil du bébé et du projet, c’est dur pour le moment. J’ai ressenti de la nostalgie du temps où tout allait bien, notamment lors du week-end où nous avions prévu de l’annoncer à nos amis.


Le rebozo comme rite de passage



Le rebozo est un véritable rite de passage, qui est arrivé à la fin de mes 2 semaines d’arrêt, comme un nouveau départ. C’est suite à ce soin, que j’ai rangé la lettre écrite à mon bébé. Ce jour-là, j’ai voulu la ré-écrire à la main, pour que ça soit un peu magique. Le rebozo était un moment dédié au deuil, et quand je me suis sentie flotter dans les tissus, je n'étais pas dans mon mental. J’étais concentrée sur l’intention posée en début de soin : “on dit au-revoir au bébé, et en avant”. C’était une fermeture de cet événement et une ouverture sur la suite.



Repartir de zéro, décider de faire une pause ou recommencer ?


C’est la question qui vient ensuite, avec la sensation d’avoir une montagne à gravir. Je ne me projette pas vraiment pour l’instant sur comment une nouvelle grossesse pourrait se passer. Je me suis sentie légitime lorsque j’ai regardé l'émission “La maison des maternelles” qui parlait de fausse couche et qui disait “ce sont des mamans qui…”. Car oui, je me suis sentie mère un instant. On s’est senti parents.


Finalement, je pense qu’il faut noter que la perte de grossesse (je n’aime pas bien le mot fausse couche) est un chambardement physique et émotionnel. Le choc en est pour beaucoup, mais le bouleversement est aussi hormonal. Pendant cette période, j’ai eu peur de manquer de pudeur, d’être “trop” triste pour quelque chose de “commun”, du regard des autres, d’être mise à l’écart…


Partager avec Laura m’aura permis de mettre des mots sur ce récit et ces pensées qui me restaient en tête. Et si cela peut aider d’autres personnes, j’en suis heureuse.


Et si on pense que ce qui compte ce n’est pas l’arrivée, c’est la quête - vous avez la référence ? - alors j’ai bien l’intention de profiter de chaque seconde de ce chemin, certes tumultueux, mais finalement plein de joies, de surprises et de moments ensemble. Merci Laura pour ton accompagnement et, Yalla



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